
Connue sous le nom d'anthroposophie, la philosophie de
ce disciple de Goethe - mentionnée au chapitre des sectes et l'argent
du rapport de l'Assemblée nationale n°1687 de 1999 - se définit
comme "une synthèse entre la science, l'art et la religion à
partir d'une investigation rigoureuse des réalités du monde
et de l'esprit". Il s'agit de prendre conscience de l'élément
suprasensible qui habite chaque être vivant, qu'il soit animal ou végétal,
et des effets qu'exercent sur lui les forces de vie.
Ainsi, l'homme, l'animal ou la plante résulte non seulement d'un processus
biologique, mais s'affirme aussi d'un point de vue supranaturel comme un élément
en devenir qui, sous l'action des lois cosmiques qui régissent l 'univers,
est appelé à prendre pleinement sa place dans son environnement
en tant qu'être vivant, constitué d'une matière et d'un
esprit. Il s'agit alors de tenir compte de tous les flux d'énergie,
qu'ils soient chimiques, biochimiques, solaires, cosmiques ou spirituels et
de saisir toutes les lois intimes de l'univers.
Pour Rudolf Steiner, la méthode scientifique ne s'oppose pas à
une vision moins matérialiste du monde dans lequel nous vivons. Ce
point de vue philosophique fait toujours l'objet de nombreuses controverses,
notamment dans le domaine de la pédagogie et de l'éducation
avec la naissance et le développement de structures éducatives
estampillées "méthode Steiner" (aussi connues sous
le label "Walford Education") qui prônent le décloisonnement
des matières traditionnelles, l'apprentissage par l'expérience,
le développement des activités artistiques et une plus grande
ouverture spirituelle.
La sagesse populaire veut d'ailleurs que la Lune soit l'un des moteurs du
métabolisme des végétaux. Partant du principe selon lequel
le Soleil et la Lune exercent une action sur les végétaux, et
donc sur la vigne, pourquoi les autre planètes du système solaire
n'auraient-elles pas non plus une part d'influence sur leur développement
?
La biodynamie, finalement et grossièrement, ne fait qu'appliquer des
recettes de grands-pères, basées sur des observations empiriques.
Si le monde scientifique a longtemps boudé le phénomène,
elle se penche plus facilement aujourd'hui sur l'éventualité
d'une influence planétaire sur la biochimie végétale,
admettant même certains résultats significatifs.
Et concrètement
?
Redonner de la vitalité au sol et à la plante à l'aide
de préparations biodynamiques pour lui permettre de s'exprimer pleinement
tout en tenant de compte des rythmes cosmiques, voilà en quelques mots
l'objectif du viticulteur biodynamique.
La vigne, longtemps pervertie par les apports d'engrais chimiques, de pesticides,
d'insecticides, en aurait perdu ses facultés de défense et de
réaction face aux éléments extérieurs.
Tout comme l'agriculture biologique, l'agriculture biodynamique
s'oppose à l'utilisation de tels produits qui dénaturent les
sols et inhibent le développement de micro-organismes décomposeurs.
Cependant, l'agriculture biodynamique va encore plus loin en laissant de côté
tout produit phytosanitaire, même à base de sels minéraux
ou d'extraits de plantes, à l'exception du soufre et du cuivre, mais
en utilisant plutôt des tisanes de plantes, des cristaux de roche, des
composts animaux ou végétaux décomposés et fermentés
et parfois même des préparations étonnantes aux noms mystérieux.
C'est le cas, par exemple, de cette préparation "500", autrement
appelée "bouse de corne" - obtenue à partir d'une
bouse placée dans une corne de vache - , censée mobiliser les
éléments du sol vers la plante en agissant directement sur les
racines pour qu'elle se développent ; cette "501", alias
"silice de corne", qui favorise l'assimilation par les feuilles
des oligo-éléments contenus à l'état homéopathique
dans l'atmosphère, ou encore de la "507", une mixture à
base de valériane, qui active la mobilité du phosphore dans
le sol et forme une couche thermique protectrice autour du compost, pour permettre
à la vigne de se sublimer.


Depuis juin 2002, il existe en France une Maison de la
culture biodynamique. Située 5, place de la gare à Colmar (Haut-Rhin),
elle abrite les deux organisations citées plus haut, ainsi que l'association
Demeter, qui attribue après contrôle sa marque aux transformateurs
et distributeurs des produits issus de l'agriculture biodynamique.
Quels résultats ?
La succession des scandales alimentaires survenus ces trente
dernières années et l'émergence d'une volonté
individuelle et collective de retourner eux fondements de la Nature ont permis
à l'agriculture biodynamique de prendre son envol.
Aujourd'hui, l'agriculture biodynamique et plus encore la viticulture livrent
leurs premiers vrais résultats. Anne-Claude Leflaive, du Domaine éponyme
situé à Puligny, en Bourgogne, procède une fois tous
les deux ans à l'analyse de ses sols, où les vignes bénéficient
de ses traitements biodynamiques. Selon elle, toutes les analyses montrent
"une relance et une diversification de la vie microbienne des sols liées
à la biodynamie, aux labours et aux apports de composts". Lorsqu'on
sait que les micro-organismes du sol contribuent à l'expression du
caractère de chaque terroir, on comprend mieux les bienfaits que peuvent
apporter la viticulture biodynamique sur la qualité du raisin.
Par ailleurs, certains laboratoires français se sont lancés
dans l'étude de la "cristallisation sensible", une technique
de laboratoire élaborée en 1925 par le chimiste Ehrenfried Pfeiffer,
disciple de Rudolf Steiner, qui est censée mesurer les influences subtiles
postulées par la "science spirituelle" découlant de
l'anthroposophie (pour en savoir plus sur le concept et la technique de la
cristallisation sensible, cliquez
ici).
Il apparaît selon les résultats récemment obtenus par
les chercheurs du Lapats (Laboratoire associatif pour l'application des tests
sensibles) que les produits issus de l'agriculture biodynamique présentent
une organisation interne bien plus équilibrée que les produits
issus de l'agriculture traditionnelle et même de l'agriculture biologique,
ce qui leur confère une vitalité bien supérieure. Le
Centre de Biophysique de Clermont-Ferrand et l'Adeno-Mab (Association pour
le développement des nouvelles méthodes d'analyse biologique)
travaillent également sur le sujet et considèrent que la cristallisation
sensible ouvre aujourd'hui la voie à de nouvelles approches d'études
du vivant, impliquant des notions non matérialistes.
Si les résultats scientifiques semblent conforter les thèses
plus ou moins empiriques des biodynamistes, les résultats qualitatifs
suivent le même chemin, notamment dans le domaine du vin. Les critiques
et oenologues du monde entier se sont penchés sur les vins issus de
l'agriculture biodynamique et semblent avoir pris fait et cause pour cette
méthode de culture, présentée dans les guides comme un
gage de qualité.
Reste à savoir si le consommateur, au fait ou non des grands principes
de la biodynamie, partagera la même passion pour ces vins dont l'avenir,
finalement, devrait largement dépendre de son comportement d'achat.
