Au XVe siècle, l'Alsace est déjà reconnue pour la qualité de ses vins (et peut-être d'ailleurs bien plus qu'à l'heure actuelle).

Elle est alors le plus gros producteur et le premier exportateur de toute la région rhénane. Un million d'hectolitres sont négociés chaque année sur le marché de Strasbourg pour être envoyés en Allemagne et en Angleterre.

Quant au marché de Colmar, lui aussi très actif, il permettait l'approvisionnement de la Suisse via Bâle.

A la fin du XVe siècle, les années sont exceptionnellement chaudes et les récoltes issues d'immenses vignobles sont bonnes. Elles permettent néanmoins tout juste d'assouvir la soif des populations.

Hugh Johnson indique dans son Histoire mondiale du vin qu'au XVe siècle en Allemagne, "la consommation annuelle moyenne de vin était de 120 litres par habitant. La ration quotidienne d'un malade était alors la même que celle de son médecin, soit 7 litres par jour". Ce 1472 se situe donc dans une période plutôt faste pour la viticulture alsacienne.

La petite histoire veut que ce soit le général Leclerc, libérateur de Strasbourg en 1944, qui ait été le dernier à l'avoir goûté.

Pas à tout à fait, à vrai dire, car 50 ans plus tard, Claude Windholtz, Didier Lobre et Gérard Barbier, oenologues du Laboratoire interrégional de Strasbourg de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, reçurent l'étonnante et excitante mission d'analyser ce 1472.

Vieux comme le (Nouveau) Monde

Voilà 535 ans qu'il sommeille dans la cave des Hospices de Strasbourg. Le plus vieux vin du monde en fût, un alsace du millésime 1472, constitue, on s'en doute, un véritable trésor pour cette institution créée en 1395. Chaque année, curieux et amateurs viennent par milliers se recueillir devant cette incroyable pièce de collection, en tentant de resituer historiquement l'époque à laquelle ce breuvage fut vendangé.

On ne dérogera pas ici à cette règle, en rappelant qu'en 1472, Christophe Colomb devait encore attendre 20 ans pour découvrir les Amériques, que Nicolas Copernic était encore à l'état de spermatozoïde, tandis que Charles le Téméraire, ennemi juré de Louis XI, envahissait la Normandie. Voilà un vin, qui sans même y avoir trempé le bout des lèvres, donne le tournis.

A la une du mois de septembre 2007

La cave des Hospices civils de Strasbourg. Source : www.jmrw.com
Leur rapport, rédigé le 5 octobre 1994, en a surpris plus d'un. Car si l'on pouvait légitimement estimer a priori que cet alsace multiséculaire était tout simplement imbuvable, l'avis des trois experts fut en fait tout autre.

Sous sa "très belle robe brillante et très ambrée", ce vin présente un "nez puissant, très fin, d'une très grande complexité. Ses arômes rappellent la vanille, le miel, la cire, le camphre, les épices fines, la noisette et la liqueur de fruits". En bouche, "le vieillard a conservé une étonnante verdeur due à la concentration des acides du vin. On retrouve des arômes très fins de noisette, miel, vanille, camphre, avec un léger boisé. Ce vin présente du volume et finit par une très belle longueur", concluèrent les spécialistes.

Qui a dit que les vins d'Alsace n'étaient pas des vins de garde ? ( !).
En prenant appui sur cet emblématique 1472 et sur cette analyse quasi-inespérée qui, de manière implicite, a mis en exergue les qualités de conservation de la cave des Hospices de Strasbourg, quelques viticulteurs et passionnés se sont regroupés en un collectif pour restaurer des fûts afin de permettre l'élevage de vins dans ce lieu sacré. Le premier millésime a été commercialisé en 1997 et une quarantaine de viticulteurs, négociants et coopératives confient aujourd'hui leurs cuvées aux Hospices, où elles reposent aux côtés de leur illustre chef de file.
Aujourd'hui, 150 000 bouteilles passent chaque année par ces caves. L'élevage aux Hospices, mentionné avec force sur les étiquettes, constitue-t-il pour autant un gage de qualité comme le prétendent tous ou, tout du moins, la plupart des viticulteurs associés à cette opération ?

Certainement pas, car cette étape ultime de la fabrication d'un vin, fut-elle réalisée dans les meilleures conditions (température constante à 14° et 80% d'humidité dans notre cas), ne saurait gommer les éventuelles faiblesses des précédentes.

Un petit vin, élevé ici ou ailleurs, restera à jamais un petit vin. En revanche, un grand vin, entreposé aux Hospices, devrait avoir la garantie de s'épanouir pleinement dans cet espace.

Comme l'alcool, il est des discours qu'il faut savoir consommer avec modération.
Source : www.pluq59.free.fr



   
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