
Les perspectives nouvelles liées à cette appellation qualitative ont mécaniquement conduit les vignerons à valoriser ces cépages nobles au détriment des autres, dès lors relégués au second plan. Le sylvaner, tout comme le chasselas, est alors devenu aux yeux de tous le cancre de la classe, le vilain petit cépage qui fait tache au milieu de ces nobles raisins. Des campagnes d'arrachage se sont ainsi succédées pour éliminer ces plants soudainement devenus indésirables. Et progressivement, toute l'Alsace a suivi le mouvement.
Toute l'Alsace ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles
Bas-Rhinois a toujours résisté aux envahisseurs. Son nom : Mittelbergheim.
Là, armés de leur potion magique, les vignerons ont poursuivi
avec acharnement la promotion du sylvaner sur le Zotzenberg, un terroir qui
lui est parfaitement adapté.
Si cette alliance est reconnue depuis des générations, elle
a de fait été exclue par les textes régissant les conditions
de l'appellation Grand Cru, lorsque celle-ci s'est appliquée aux 36
hectares de ce lieu-dit. Une véritable erreur historique qui a conduit
certains vignerons à se mettre en résistance face à la
toute puissance de l'INAO.
C'est ainsi qu'Albertz Seltz, Astérix local, s'est retrouvé
au tribunal en 2000 après un contrôle de la répression
des fraudes. Son délit : avoir mentionné " Sylvaner Zotzenberg
" sur ses étiquettes, perpétuant ainsi une tradition familiale
remontant à l'année 1922. Cette affaire, loin d'être anecdotique,
aura permis non seulement de mettre sur la place publique cette inadéquation
entre le texte juridique et la réalité oenologique, mais aussi
de faire évoluer sa cause et celle de ses confrères.

Premier cépage d'Alsace il y a à peine 40 ans, le sylvaner
n'a cessé depuis de voir sa cote de popularité baisser, au point
de ne représenter aujourd'hui qu'un peu plus de 10% de la production
alsacienne.
Vin de comptoir par excellence, il était jadis servi sur tous les zincs
de France et de Navarre et constituait l'archétype du blanc de table,
léger, gouleyant, facile à boire et bon marché.
La date du 20 novembre 1975 aura marqué un véritable tournant
dans la carrière de ce cépage à fort rendement. Le législateur
venait alors de désigner le riesling, le pinot gris, le gewurztraminer
et le muscat comme les seuls cépages à pouvoir bénéficier
de l'appellation AOC Alsace Grand Cru.
A la une du mois de mars 2007