Les vins d'Alsace sont assurément des vins de garde,
au même titre que les bordeaux et les bourgogne.
On a toujours trop tendance à consommer les vins d'Alsace dans leur
jeunesse, alors que, bien souvent, ils n'auraient dévoilé tous
leurs secrets qu'au terme d'un vieillissement bien évidemment variable
selon la qualité du millésime et du vin en lui-même.
On aurait tort de croire que seuls les grands crus, les VT et les SGN sont
capables de se bonifier avec le temps.
Les «petits» rieslings, mis sur le marché l'année
suivant leur récolte, méritent la plupart du temps 2-3 ans pour
s'affirmer.

De simples AOC Alsace, issus des plus grands
millésimes, peuvent soutenir une garde de plus de 10 ans, et même
bien davantage dans des cas extrêmes. Des pinots noirs, vinifiés
en rouge et issus de très faibles rendements, sont aptes, à
l'instar de leurs homologes bourguignons, à bien vieillir en cave.
Concernant les grands crus, on essaiera d'attendre un minimum de 5 ans avant
d'ouvrir une 2e bouteille (on aura ouvert la première dans les jours
ou semaines suivant l'achat), et les plus patients gagneront à attendre
encore 5 ans de plus.
Pour les VT et les SGN, on les oubliera 10, 20, 30 voire 50 ans pour les plus
belles bouteilles.
Lors de l'interview que nous avions consacrée à Etienne
Hugel, celui-ci nous avait dit avoir dégusté en 1983 une
bouteille de son arrière-grand-père datée de 1865, le
millésime le plus fameux du XIXe siècle.
Une bouteille de 118 ans... Voilà un cas exceptionnel, bien sûr,
mais qui démontre la possibilité et même la nécessité
de stocker les flacons alsaciens en cave, même si l'on n'ambitionnera
pas, pour toutes les bouteilles, d'égaler cet étonnant record
de longévité.